Original Article by Nathalie Sullivan
« A Something Overtakes the Mind », une installation présentée au musée Emily Dickinson à Amherst, remet en question les attentes traditionnelles en matière d’exposition consacrée à un personnage historique.
L’installation s’articule autour d’une question posée jadis par Dickinson : « Avez-vous déjà lu un de ses poèmes à rebours parce que l’élan du début vous avait renversé? Il m’est arrivé (il m’est souvent arrivé, bien des fois) que quelque chose s’empare de l’esprit. » De la même manière, l’exposition invite les visiteurs à découvrir l’œuvre de Dickinson sous un angle nouveau. Elle réunit des objets personnels, des poèmes de Dickinson, des informations biographiques et des commentaires de la communauté locale afin de permettre une meilleure compréhension de l’œuvre et de l’influence de l’écrivaine.
Conçue par le poète Matt Donovan et l’artiste visuelle Ligia Bouton, l’exposition reflète leur exploration conjointe du texte, de l’image et des objets. Matt Donovan explique : « En tant qu’équipe collaborative d’artiste et de poète, nous cherchons toujours des moyens d’explorer les intersections entre texte, image et objets. » Cette recherche de dialogue entre les médiums est manifeste dans « Something Overtakes », qui mêle vision artistique et information historique.
En approchant de la demeure de Dickinson, les visiteurs découvrent une maison victorienne remarquablement conservée, ou l’on peut presque imaginer la poétesse écrivant dans le parc. On pourrait s’attendre à trouver des pièces restituées dans l’état où elles étaient il y a près de 200 ans, lorsque la poétesse y vivait. Bien que la maison contienne des reconstitutions et des effets personnels de Dickinson, « A Something Overtakes the Mind » ajoute des éléments artistiques, interactifs et conceptuels qui la distinguent d’autres expositions historiques se limitant à la présentation d’artefacts.
L’un des éléments clés de l’exposition est un mur recouvert de morceaux de papier peint. Ces papiers contiennent des interprétations de l’usage des tirets longs, bien connu chez Dickinson. Des expressions telles que « une tension », « des marques pour respirer », « le souffle irrégulier de l’orateur » sont proposées comme autant d’explications possibles à sa syntaxe. Ce mur se concentre sur un détail minime de son œuvre, l’amplifie et invite les lecteurs à réfléchir à la signification de ce qui, autrement, pourrait passer inaperçu.
Un autre aspect de l’installation présente des morceaux de quilt où figurent des poèmes et associés à des objets personnels de Dickinson. Cette section invite les visiteurs à réfléchir au lien entre sa vie intime et son art. Enfin, un espace interactif permet aux visiteurs de composer leurs propres poèmes à partir des mots du quilt. Cette activité est accompagnée d’une vidéo où des membres de la communauté locale expliquent comment l’œuvre de Dickinson résonne avec eux. L’exposition dépasse ainsi la simple biographie pour devenir une conversation collective sur son héritage, soulignant que l’influence de Dickinson ne se limite pas à son œuvre, mais s’étend à l’impact qu’elle continue d’avoir sur ceux qui la découvrent.
Le Musée Emily Dickinson a ainsi créé un espace qui nous permet de réfléchir aux subtilités de son œuvre, aux croisements entre sa vie et son écriture, ainsi qu’à l’empreinte laissée dans la communauté, plus de 150 ans après sa mort.






